Chapitre 1 - Première partie
Avec lenteur, la saison déclinait. Bientôt, on fêterait le solstice d'automne, cette période charnière oscillant entre son humeur opaline et un cortège tape à l'oeil de nuée pourpre, au défilement des feuilles craquelant sous le poids de mes bottines. Présentement, il n'en demeurait qu'un feuillage gercé par le feulement du vent qui se rabattait contre ma joue.
Deux jours déjà que je traversais les terres de Gaoold pour retrouver la terre qui était mienne. En quittant la tribu de Morrigan, il m'était tenu de croire que j'avais accompli une épopée grandiloquente. J'étais,- me disait-on, dès à présent, au pénultième prêt de l'achèvement de cette grande aventure. J'avais beau retravailler le discours, de sa teneur jusqu'à sa consonance, il n'en demeurait pas qu'il en résultait un contenu erroné, pour ce que j'en pensais.
L'histoire avait été comptée de cette manière et finalement, elle ne différait pas beaucoup de ces prédécesseurs. Une nuitée, alors que je possédais la taille d'une dizaine de pomme de pin - Enfin, ça c'est ce qu'on s'amusait à me dire, l'allure hirsute et juvénile, je m'étais soumis à l'épineuse et traditionnelle étape qui était établie à Don. La formation qui m'était enseignée au sein de la tribu, suivie jusqu'au plus lointain trémolo de ma mémoire, se parachevait par la pérennité d'un apprentissage enseigné par un précepteur avoisinant.
J'avais ainsi fait la connaissance d'Eshyle, le précepteur de la tribu de Morrigan, à deux jours et demi de marche de la nôtre. C'était alors présenté des cultures et l'évolution d'une floraison différente, des noms dans les sépultures qui ne m'avait pas été appris par coeur et un air belliquieux, que je me découvrais, quant à l'exubérance de mon instructeur. Et puis, pas mal d'années étaient passées depuis. Le temps avait voulu que je devienne un garçon accompli et que ma formation enseignée par Eshyle soit achevée. - D'une bien drôle de manière. Un peu à l'image de son sillage, lorsqu'on y pensait.
Morrigan était finalement devenu un doux asile et m'y astreindre n'était plus aussi commode que je ne l'avais pensé. Néanmoins, l'accablement se transformait souvent en inaction et rapidement, je m'étais mis en route, m'y attelant derechef. La vallée de Don se rapprochait et bientôt, je fus capable de reconnaitre déjà son odeur, imprégné par l'effluve du jasmin. À travers les sycomores, mon allure paraissait effrénée, rythmé par mon coeur battant, un sentiment étrangement familier enraillant mes entraille. La tradition aurait voulu que j'arrive en héros, fièrement battis et fièrement pédant. Par malheur...Prosaique, j'étais harassé, en pull de laine émaillée et sonorisé en fanfare par un borborygme indécent.
Il me restait moins d'une demi-journée à parcourir et depuis mon départ, la pluie n'avait jamais cessé de tomber. De nouveau, le firmament déclinait. Je relevais mes yeux, dardant le ciel cobalt zébré d'éclair lumineux, me demandant s'il n'était pas plus prudent de m'abriter dans l'alcôve d'un arbre. La foudre faisait couler des ombres sur le sol, gonflant ma silhouette contre la pierre comme des chinoiseries. Ce soir, l'obscurité résonne en torpeur. Un déluge d'hivernage venait craqueler les feuillages, le souffle du vent à l'aisance d'une note de violon. Les rafales venteuses s'hennissent au galop et vient engourdir mes oreilles. Il en détonne un bruit assourdissant qui vient morceler la placidité coutumière de la forêt. Je n'en discerne qu'une mélodie caverneuse.
On dirait le Sidh qui s'agite, notre au-delà, j'en appelle à toute nos déités pour me protéger. Mes phallanges se ferment sur le fermoir de ma cape humide emeraude, détalant les chemins de terres. Le bijoux en fer glace ma poigne, il représente Turul, le seul vestige qui me reste de Don. Mon souffle fait des panaches de vapeurs lorsqu'enfin je discerne la devanture en chaine de la tribu, la Tribu de Don.
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- Approche, vient te réchauffer. Là, fais, attention, tu vas mettre des gouttes partout, s'esclaffait-elle.
Il s'agissait de la voix craquelante et ronronnante de mon aïeul. Depuis que j'avais franchi la porte de notre logis, un babillage discontinu s'était abattu sur la pièce. Un sourire amusé se détachait de mes lèvres alors que je posais un regard sur ma grand mère qui s'afférait à préparer mon arrivée. " Sylène, voudrais-tu fermer la fenêtre derrière toi ? Les nuits sont noires ces temps-ci.." confia-t-elle. " Comment ça ? " lançais-je avec curiosité avant d'être accueilli par un silence. Je m'afférais aussitôt alors que j'ôtais ma cape pour la pendre à l'entrée. Lancinant, mes muscles me semblaient engourdis et meurtris et pourtant, avant toute chose, je pris un temps pour observer les lieux qui, jadis, avait été mien. Un étrange sentiment me tenaillait, comme gonflé par un souvenir rassurant qui clochait aujourd'hui.
Je dénouais les lacets noirs de mes bottines pour m'asseoir près de l'âtre du feu, gratifiant la divinité de notre peuple pour l'once de chaleur qui s'insufflait dans ma poitrine. Une tasse fumante de thé au coquelicot envahit ma poigne alors que je ressentais une certaine tiedeur contre mes genoux. L'odeur des capes humides d'automne emplissait l'air de la pièce alors que ma tasse élevait une panache blanchâtre de fumée. Ma grand mère se rapprochait alors de moi, s'acquittant de mon état, un regard tendre rempli de malice posé sur moi. Je le remarque du coin de l'oeil et imperceptiblement je sens mes épaules s'affaisser de soulagement. Si mon retour indiquait que je revenais en caractère d'étranger, il y demeurait vraisemblablement une personne prête à m'accepter.
J'étais partagé par les regrets et une ancienne excitation qui s'éveillait en moi avec l'envie fugace de serrer mes parents dans mes bras. Je dénotais leur absence mais, je n'émis aucune remarque. Si mon retour ne manquait nullement de les réjouir, la moisson le lendemain, elle, n'attendrait pas.
- Sans nul doute que mille questions doivent brûler tes lèvres, mon enfant, prédisait-elle, un léger sourire amusé sur les lèvres. Je ne me trompe pas en avançant qu'Agatha, ta mère, te retracera tous les évènements de la tribu dès demain matin. Je dirais simplement, que comme d'antan, elle perdure et avec fierté. Cà ne peut s'en dire qu'elle a vécu quelques difficultés, comme tu as pu l'entrevoir surement à Morrigan...opinait-elle avec mesure.
Je fronçais les sourcils, n'ayant nule idée de ce qu'elle avançait. Je m'apprêtais à l'interroger lorsque la discution prit une tournure différente et que mystérieusement ma question ne s'y prêtait innopportunément plus. "Ersas a rempli son rôle à merveille. Il m'a élaboré une nouvelle formule, à base de symphitum pour mes rhumatismes, un garçon très intelligent. Il était d'une grande d'aide pour la tribu." poursuivait-elle d'une voix pétillante. D'un mouvement de main désinvolte, elle tût la conversation. " Mais nous n'avons pas le temps pour ces bavardages. Cathraigh veut te voir."
Désormais le ton employé était solennel. J'arquais un sourcil de surprise, "Cathraigh ? " m'écriais-je, me redressant dans un certain désordre. Il devait avoir eu lieu un évènement alarmant. Pas que je voulais minimiser la relation particulière qui se créait entre un précepteur et son élève mais, à mon sens, nos retrouvailles et notre mise au travail pouvait attendre demain matin.
Bientôt, mon aïeul m'offrit une toison sèche pour me presser vers la sortie. Je balbutiais quelques remerciements d'usage avant de traverser le village dans une certaine précipitation pour desceller la devanture la plus imposante qu'il y avait au sein de la tribu. Une lampe vacillante se remarquait à l'intérieur, alors qu'elle dessinait des silhouettes démesurées à l'intérieur. Je me pressais à l'entrée, m'éclaircissant la gorge pour m'annoncer. Aussitôt, un grabuge désordonné s'entendit à travers la tente et plusieurs hommes de la tribu s'entassèrent à l'entrée, tirant leur pipe pour se réjouir de mon retour. J'acquiesçais avec respect et lenteur avant de rentrer à l'intérieur. Une tumulte d'odeurs envahit mon odorat, colporté par une vaste variété de plante odorante et subjugué par une odeur d'arabica prédominante.
Une main rugueuse s'abattit sur mon épaule et sans prévenir, je fus projeté sur une chaise en osier surannée. " Assieds-toi, mon garçon. Tu as fais bonne route ? " Sa voix était chaleureuse mais, il paraissait agité. De manière frénétique, il n'arrêtait pas de déplacer des philtres et différentes lotions d'endroits, inversant la bergamote puis une gousse de vanille. Je redressais mes yeux sur sa silhouette, porté par un certain intérêt. " La route était longue et pluvieuse mais, je n'ai pas été ralenti ", m'expliquais-je doucement. Il plissa légèrement les yeux, la voix quelque peu insistante "Aucunement ralenti ? " ponctua-t-il.
Je fronçais les sourcils, dubitatif. L'air fugace, il secoua la tête, de nouveau agité.
- Cà n'a aucune importance. Tu as bien grandi. J'ai souvent eu de tes nouvelles de la part du druide de Morrigan. Vif et généreux, disait-il. C'est très bien, ce sont de bonne qualité. J'ai hâte de poursuivre ton apprentissage demain. Un lieu sacré a été créé, proche d'ici, à une cinquantaine de pieds du village. Nous y jeterons un oeil demain, reprit-il d'un timbre soutenu, et...
- Cathraigh, l'interrompis-je d'une voix ferme. Que se passe-t-il ? À quoi rime ceci ? Me faire venir, en pleine nuit, alors que je viens seulement de rentrer pour t'acquérir de ma santé, ce n'est pas..
Ma voix s'interrompit, peu prompt à finir mon discours. Ce n'était pas que je voulais remettre en cause la bonhomie de son caractère, mais tenu comme l'unique druide du village et ainsi détenteur d"un certain pouvoir et d'une importante responsabilité du village, Cathraigh avait pour habitude d'être succinct et méticuleux. De ce que je m'en rappelais. Une dizaine d'année avait pu aussi le rendre gâteux, c'était insensé mais probable. Mais, de cette manière, comment Esras aurait pu bénéficier d'une instruction élitiste avec une éducation si complaisante ? Je secouais ma tête, reportant mon attention sur le vieil homme. Posé sur moi, son regard me semblait implorant.
- J'aurais aimé ne pas...
Il plissa ses lèvres, la suite de sa complainte écrasée contre barrière de ses lèvres. Il jeta un regard à travers le voile de la tente comme s'il avait peur d'être entendu. - Ce qui était invraisemblable en soi. Le mythe voulait qu'on laisse un druide seul s'afférer de ces tours de magie et de ses invocations. Obstruer son travail, s'était obstruer la foi et ainsi, jeter une mauvaise augure sur le village.
Il reprit d'une voix plus rauque.
- Il se passe de drôle de choses dans la forêt, Sylène. Je ne saurai l'expliquer. Si ce n'est qu'il faut être prudent, très prudent. Je préfère ne pas ébruiter ce qui se passe à travers la tribu pour ne pas semer la panique. Mais je vais te le dire, tu dois le savoir, parce que dans peu de temps, tu me sauras d'une précieuse aide.
Il empoigna mon poignet avec une force et un ébranlement inhabituel.
- La forêt se meure, Sylène. Et j'ai bien peur de ne rien pouvoir y faire.
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